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Test : The Elder Scrolls V : Skyrim

Gilles Péon le 23 novembre 2011
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Cela faisait cinq ans maintenant que le dernier épisode de la série des The Elder Scrolls était paru, et nous attendions tous le prochain volet avec impatience. Skyrim, de son petit nom, est sorti le 11/11/11, une date bien kikoo, qui a sans doute été difficile à respecter pour les développeurs. Des concessions ont-elles été faites pour ne pas dépasser la dead-line ? Le jeu est-il à la hauteur de ses prédécesseurs ? Va-t-il réussir à convaincre les néophytes et les vieux briscards de Tamriel ? Réponse très positive dans ce test.

Fus… Roh Daaaa !!!!

Avant d’entamer les hostilités, je vais aborder l’histoire du jeu.

Comme dans tout Elder Scrolls, vous commencez l’histoire en tant que prisonnier. Juste avant d’être conduit à l’abattoir, vous créerez votre personnage parmi les dix races habituelles avec un choix d’options impressionnant. Bien sûr, si vous mourriez tout de suite après avoir créé votre perso, Skyrim aurait été la plus grosse blague de l’histoire des jeux vidéo. Vous serez donc sauvé in extremis de la mort par un évènement très mauvais-cul ! (traduction franchouillarde et ridicule de badass…).

Ca impressionne toujours la première foisAprès vous en êtes sorti, vous serez amenés à voyager un peu partout dans Bordeciel (traduction franchouillarde et ridicule de Skyrim) où les dragons ont décidé de faire les malins, ce qui n’était plus arrivé depuis bien avant le premier Elder Scrolls. Très vite, vous apprendrez que vous êtes l’Enfant de Dragon, et que vous êtes destiné à éradiquer ces derniers en leur criant dessus et en absorbant leur âme. Oui, j’ai bien dit en leur criant dessus. Mais pas du genre « Nondedjeu Johny, tu commences sérieusement à me baver sur les rouleaux ! » avec pour seul résultat de le voir déballer les siens avec une expression de triomphe sur le visage. Mais plutôt du genre « FUSSS ROH DAAAAAA ! » avec comme conséquence de voir voler ses ennemis comme des pantins désarticulés sur plus de quinze mètres. C’est très jouissif. Mais bref, passons. Tout ça pour dire que la grande particularité du héros, c’est qu’il a du sang de dragon dans les veines, ce qui lui permet d’utiliser les Cris, un pouvoir propre aux dragons. Et c’est en hurlant que vous partirez nettoyer Bordeciel de ces magnifiques créatures.

Voilà pour l’histoire, qui est, soyons honnête, assez convenue. Mais qu’est-ce que c’est épique ! Tout au long de l’histoire, vous aurez ce sentiment d’être super balèze et ça, ça n’a pas de prix. De plus, je parle ici uniquement de l’histoire principale, hors il y a une pléthore de quêtes annexes bien écrites, et les quêtes de factions sont un vrai délice !

Que c’est beau… de loin !

A sa sortie Oblivion avait laissé bouche bée l’ensemble de la communauté des joueurs, tellement sa plastique était belle. Aujourd’hui, on en rigole bien.

On s'y croirait, hein?Avec Skyrim, c’est pas franchement le même constat. Les textures sont baveuses, les visages sont pixélisés (« blocky »), les arbres sont faits en escaliers, etc. Par contre, contrairement à ses aînés, il bénéficie d’une direction artistique remarquable. Vous serez constamment enchantés par les paysages, que ce soit dans les villages nordiques à l’allure viking, dans les montagnes escarpées parcourues de ruisseaux et couvertes de brume, dans des ruines naines, etc. Bref, Skyrim est une carte postale vivante et vous prendrez souvent le temps d’admirer la vue avant de (re)partir à l’aventure.

Enfin, n’oublions pas les effets météo, qui sont très réussis. La brume vous donne l’impression d’être trempé jusqu’aux os, la neige tombante vous donne le sentiment d’être perdu en pleine toundra et l’orage éclatant durant une chasse aux dragons rajoute au drama de la situation. Mais ne nous le cachons pas, la météo du jeu fait office de cache-misère.

La musique s’arrête, un cri retentit dans le lointain… UN DRAGOOOOON !!!

Le deuxième point de la réalisation qu’il me faut aborder est la bande-son. Tout d’abord, parlons de la musique composée par Jeremy Soule. Ça va être vite fait : ça roxxe. Le thème principal, chanté par un chœur de nordiques dans la langue des dragons de Skyrim est d’ores et déjà épique, mais ce n’est pas tout. D’une part, cette musique est dérivée de différentes manières et jouée à certains moments de l’aventure pour amplifier leur teneur en épique actif. D’autre part, les musiques d’ambiance sont sublimes, à la fois discrète et mémorable, on les écoutera encore avec nostalgie dans quelques années.

Il y a aussi les bruitages, qui méritent amplement d’être mentionnés. Quelle émotion d’entendre un dragon rugir au loin, avec l’écho de leur Cri se répercutant sur les montagnes ! Et quelle peur quand on l’entend plus clairement, accompagné par un sinistre battement d’ailes ! Les halètements et les cris du héros servent eux aussi l’immersion, et les Cris qu’il pousse dégagent toute la puissance des dragons. Quelle joie de s’entendre pousser son premier Cri : « FUS ! », et des voir ses ennemis repoussés par la force de ce hurlement. Il y a toutefois un bémol à ajouter. Certains bruitages de sorts (soin et glace par exemple) sont trop marqués et deviennent vite énervants avec un casque sur les oreilles, bien que cela n’entachera pas votre plaisir de jeu.

Et enfin, il y a la localisation française, qui est, de manière générale, très louable. Les textes sont très bien écrits et c’est un vrai bonheur de lire la pléthore de livres disséminés dans Skyrim, certains étant repris des volets précédents de la série. On pourra trouver discutables certains choix de noms de villes, échoppes, etc., mais l’ensemble est cohérent. Au niveau des doublages, pas de mauvaises surprises, ou presque. Certaines intonations semblent parfois déplacées, et on sent que les doubleurs ont dû prononcer des phrases sorties de leur contexte. Cependant, la qualité générale et la foultitude de doublages forcent le respect, et je n’échangerais pas ma VF contre une VO. On pourra toutefois regretter le casting restreint des comédiens. A entendre les gardes des différentes villes, on croirait que tous les soldats de Skyrim ont pris une flèche dans le genou et qu’ils ont tous un cousin parti chasser le dragon.

Le changement n’est pas toujours une mauvaise chose

Impossible d’aborder Skyrim sans le comparer à ses aînés, car il se veut être une évolution de ces derniers. Et changer les habitudes des joueurs, même pour le mieux, sans s’attirer les flammes de leur haine dormante et prête à jaillir à la moindre provocation, requiert du doigté et un peu de culot. Ce que Skyrim réussit avec brio. Et afin de vous expliquer pourquoi, je vais faire quelques références à Oblivion et Morrowind.

Dans les précédents volets de la série, vous aviez des compétences majeures et mineures. Au début du jeu, vous choisissiez trois compétences majeures et mineures. Vous ne pouviez monter de niveau qu’en augmentant vos compétences majeures (en les utilisant). Le hic avec ce système, c’est que si vous faisiez un mauvais choix dans vos compétences majeures, vous étiez quand même obligés de jouer tout le jeu de cette façon. Et comme ce n’était pas forcément évident de savoir comment on voudrait jouer au bout de vingt heures après seulement trente minutes de jeu, on pouvait être assez mal pris.

Avec Skyrim, ce n’est plus un problème : il n’y a plus de compétences majeures et mineures. Celles-ci sont rassemblées en une série d’atouts que vous pouvez faire évoluer comme bon vous semble. Chaque fois que vous montez de niveau dans un atout (toujours en les utilisant), vous progressez dans le niveau de votre personnage. Et à chaque montée de niveau de votre personnage, vous aurez le choix d’augmenter votre magie, votre santé ou votre endurance (il n’y a plus de caractéristiques (ex : force)), en plus de gagner un point d’atout que vous pourrez dépenser dans des arbres de talents. Ce système simplifié pourrait faire grincer les dents de plus d’un habitué de la série, mais il n’est pas sans subtilité. Tout d’abord, même si vous pouvez progresser comme vous voulez, vous serez tout de même obligés de vous spécialiser à un certain point, sous peine de vous prendre de grosses roustes par les monstres, qui s’adaptent au niveau de votre personnage. Ensuite, même s’il n’y a plus de caractéristique, l’ajout d’arbres de talents compense largement.

Quoi de mieux qu'un sort de heal couplé à une bonne masse?Le système de combat a changé lui aussi. Avant, vous aviez une épée et un bouclier dans chaque main, et vous pouviez tout de même lancer des sorts. Dorénavant, vous devrez choisir entre bouclier ou sort. Ou un sort dans chaque main. Ou une arme à deux mains. Ou… vous avez compris, vous pouvez faire ce que vous voulez. Les ennemis sont aussi plus intelligent, ils bloquent, se cachent, tirent à distance et sortent leurs armes au corps à corps. Il y a aussi des finish moves qui sont toujours exultant à voir, les animations sont plus fluides et réalistes, etc.

Pour résumer, Skyrim est moins complexe, plus subtil et surtout plus flexible que ses aînés. Son système de combat et d’évolution est une franche réussite, et même les plus réfractaires laisseront leur appréhension fondre dans le plaisir immense qu’ils prendront en jouant.

Un jeu ou une expérience unique indescriptible ?

Le principal attrait d’un Elder Scrolls, c’est l’exploration et l’immersion. Et Skyrim est loin d’être en reste. Comme on le savait déjà, la carte est légèrement moins grande que celle d’Oblivion, mais elle est bien plus remplie ! Le level design est tout simplement génial ! Des montagnes aux routes enneigées et escarpées, aux étroits défilés entre deux parois abruptes, vous serez constamment dépaysés. Vous ne traverserez jamais de vastes plaines vides, il y aura toujours une surprise qui vous attendra au détour de la route.

Mais le paysage ne fait pas tout, les PNJ et les monstres contribuent énormément à rendre Bordeciel vivant et immersif. Il ne sera pas rare de croiser une bande de bandits attaquant des marchands, ou un géant coursant un ours malchanceux. Et je ne parle même pas des dragons, qui sont bien plus nombreux que ce à quoi on pourrait s’attendre. Je ne peux pas vous décrire le sentiment qui envahit le joueur quand il parcourt Bordeciel, c’est une expérience personnelle qui ne se traduit pas facilement en mots. La seule chose que je peux vous assurer, c’est que vous prendrez votre pied.

Voilà à quoi ressemblent les 'arbres' de talentsBien sûr, Skyrim ne se limite pas à des combats et à de l’exploration, sans quoi, ce ne serait pas un jeu de rôle. Et dans tout RPG, il faut des quêtes, de préférence bien écrites et nombreuses. Skyrim ne fait pas dans la dentelle, puisqu’il propose un nombre de quêtes hallucinant, rivalisant et surpassant sans problème ses aînés. La scénarisation des quêtes est ingénieuse (elles évoluent tout au long de leur progression), les protagonistes sont attachants, détestables ou les deux, les suites de quêtes sont prenantes, etc. Quant à leur nombre, vous en aurez pour votre argent. En plus de la quête principale, vous aurez des centaines de quêtes annexes, dont certaines aléatoires. Il y aussi les quêtes de faction, que je n’évoquerai pas par soucis de spoil.

Bref, en tout, pour terminer la quête principale et les quêtes de faction, et en faisant tout un tas de quêtes annexes ici et là, il vous faudra environ cent heures de jeu. La durée de vie infinie vantée par Bethesda se résume à des quêtes bidon (de faction ou non) répétables à l’infini, vous vous en lasserez vite. Toujours est-il que pour terminer le jeu à fond, en terminant tous les donjons (très nombreux, longs et tous différents les uns des autres), en faisant toutes les quêtes, etc., cela devrait vous prendre, à vue de nez, entre 150 et 200 heures de jeu. La durée de vie de Skyrim n’est peut-être pas infinie, mais presque. Si vous n’en avez pas pour votre argent avec Skyrim, c’est que vous êtes soit le plus gros radin de monde, soit l’incarnation de la mauvaise-foi.

Des « détails » techniques qui énervent

Comme on vient de le voir, les combats sont excellents, l’immersion est totale, les quêtes sont bien écrites, la durée de vie est phénoménale, etc. Ce jeu serait-il parfait ? Eh bien non, car c’est un jeu Bethesda. Et qui dit jeu Bethesda, dit bugs à profusion, physique étrange et IA perfectible. Skyrim ne fait pas exception, loin de là. Comme je l’ai dit dans l’intro, Bethesda a sans doute eu du mal à respecter sa dead-line et à sortir le jeu pour le 11/11/11, et cela se ressent dans le nombre impressionnant de bugs présents dans le jeu.

Tout d’abord, il y a les bugs d’interface de la version PC. Etant conçue pour les consoles, l’interface est à revoir sur PC. Tout n’est pas à jeter, mais j’aurais préféré un inventaire en grille plutôt qu’en liste, et les arbres de talents, bien que très beaux, sont tout sauf pratiques. Un bon point de l’interface étant la possibilité de mettre en favoris des items et des sorts, ce qui les rend accessibles très facilement via une pause active, sans devoir passer par l’inventaire. Quant aux bugs, ils concernent principalement des problèmes de sélection à la souris : la plupart du temps, vous pourrez sélectionner des items, choix de dialogues et autres, à la souris, mais parfois, sans raison apparente, vous serez obligés de le faire au clavier… C’est très gênant et énervant.

Les autres bugs sont en grande partie d’ordre physique. Il ne sera pas rare que vous vous fassiez mal en marchant sur une marmite, qui va voler dans tous les sens dans un bruit de ferraille assourdissant. Il ne sera pas rare non plus de voir des PNJ se téléporter, des animations mal calibrées, etc. La liste est longue, et mon test aussi, donc je vais faire court. En somme, ce sont les bugs habituels des jeux Bethesda, ceux qui ont fait Fallout 3 et New Vegas ne seront pas dépaysés. On s’y fait vite, mais ça nous extirpe tout de même du trip immersif dans lequel on était.

Et le bug qui est pour moi le plus ennuyant : le pathfinding catastrophique associé à une IA JohnyBleezesque. Au cours de l’aventure, vous aurez de nombreuses occasions de vous faire accompagner par de valeureux guerriers. Mais c’est trop top moumout, vous allez me dire ! Eh ben, en fait, non. Parce qu’ils sont cons comme leurs pieds. Devoir se coltiner un pauvre type qui va marcher sur tous les pièges d’un donjon, qui va rester au milieu de ceux-ci en attendant de mourir bêtement, ou tout simplement rester coincé dans un escalier, c’est un vrai clavaire. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû pousser manuellement ces simplets pour les débloquer… Mais bon, ils ont quand-même leur utilité, ne fut-ce que pour leur transférer des objets en surpoids.

Mais l’espoir est encore permis ! Bethesda nous a promis un patch correctif pour la semaine après Thanksgiving (ce qui devrait être, si je ne me trompe pas, dans pas longtemps) pour PC, PS3 et 360. Espérons que les bugs les plus ennuyants seront éliminés.

Ha ! Et à ne pas oublier surtout : un gros avantage de la version PC est le grand nombre de mods déjà disponibles pour améliorer votre expérience de jeu !

Conclusion

Attendu au tournant d’une route longue de cinq ans, Skyrim devait négocier un virage en épingle où vétérans et néophytes de Tamriel se tenaient de part et d’autre de la route. Mais ce poids lourd est passé sans encombre, et même plus que ça, il est passé avec style, tout en drift ! Bon, pour ceux qui n’auraient pas saisi toutes les subtilités de mon incroyable métaphore, je vais traduire. The Elder Scrolls V : Skyrim est le jeu que nous attendions tous ! Tantôt émouvant, tantôt saisissant, mais toujours enivrant, il saura convaincre les habitués et les nouveaux joueurs. Son gameplay accessible et flexible, mais exigeant et nerveux, ses quêtes prenantes, sa durée de vie colossale, et surtout son univers immersif mettront tout le monde d’accord. Malheureusement, Skyrim n’échappe pas à la maladie chronique des jeux Bethesda : les bugs sont légion et vous attendrez impatiemment qu’un patch vienne les corriger. L’interface en fera rager plus d’un, elle aussi, mais on s’y habitue assez vite, et on finirait même par l’apprécier. La version PC est globalement bien optimisée et devrait pouvoir tourner sans problème, même sur des configurations anciennes. Les mods disponibles sur PC sont un atout indéniable de cette version.

Pour résumer, Skyrim est une expérience unique et personnelle qu’il m’est très difficile de qualifier. Enumérer ses qualités et ses défauts ne rend pas justice au jeu, il faut l’essayer pour comprendre. Achetez-le, vous ne serez pas déçu. De mon point de vue, Skyrim est le meilleur jeu de la série des Elder Scrolls, tout simplement. Voilà, c’est dit

Les +

  • Plus immersif que jamais
  • L’exploration, du pur bonheur !
  • Bande-son du tonnerre
  • Système de combat flexible et dynamique
  • Système d’évolution revu
  • Durée de vie colossale
  • Qualité d’écriture des quêtes
  • Localisation française
  • Direction artistique
  • Les mods sur PC

Les –

  • Graphismes baveux
  • Interface contestable sur PC
  • Bugs intempestifs du moteur physique

Editeur : Bethesda

Développeur : Bethesda Game Studios

Genre : RPG

Note : 18/20

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